Pourquoi êtes-vous épuisé en plein été ?

Dans ma pratique, le mois de juillet amène toujours les mêmes visages. Des personnes qui reviennent de deux semaines de vacances plus fatiguées qu’au départ, qui n’arrivent pas à comprendre pourquoi leur corps ne répond plus, qui dormaient mal malgré la chaleur, qui ont mangé différemment, bu davantage, bougé plus ou moins, et qui repartent avec le sentiment diffus que quelque chose ne fonctionne pas comme prévu. Elles pensent que l’été devrait les régénérer. Elles ont tort ou plutôt, elles attendent de leur corps quelque chose que leur terrain ne peut pas encore leur donner.

L’été sollicite votre système immunitaire autant que l’hiver

On croit volontiers que l’immunité n’est qu’un sujet de préoccupation qu’à partir d’octobre, avec les premiers rhumes et les premières angines. C’est une croyance trompeuse. En réalité, pendant la période estivale, la chaleur est aussi une contrainte physiologique majeure. Elle oblige l’organisme à maintenir sa température interne stable malgré un environnement qui pousse dans la direction opposée. Ce travail de thermorégulation mobilise des ressources immunitaires et métaboliques considérables, en silence, sans que vous en ayez conscience.

Ajoutez à cela l’exposition solaire prolongée, qui produit de la vitamine D bénéfique mais génère aussi un stress oxydatif cutané important, et la modification brutale des rythmes de sommeil et d’alimentation propres aux vacances. L’organisme s’adapte à tout cela mais à quel prix ? Et si le terrain de départ est déjà fragilisé, ce coût se paye en fatigue, en irritabilité, en digestion capricieuse, parfois en petite fièvre ou en infection opportuniste qui surgit au moment où l’on s’y attend le moins.

Le foie, organe de l’été qui travaille en silence

En médecine traditionnelle chinoise, l’été est la saison du Cœur. Mais dans ma pratique quotidienne, c’est le foie qui retient toute mon attention en cette période. L’été amplifie les excès : grillades répétées, alcool en terrasse, crèmes solaires chargées en perturbateurs endocriniens, eau chlorée des piscines absorbée par la peau. Tout cela transite par le foie, qui filtre, neutralise, transforme. Un foie déjà chargé par une année de stress, d’alimentation raffinée et de médications répétées ne dispose pas des réserves pour absorber cette surcharge saisonnière sans broncher.

Les symptômes qui s’en suivent sont décrit par les personnes qui en souffrent sans l’associer à cette surcharge de travail de leur foie : une fatigue qui frappe surtout en fin d’après-midi, des nausées légères après les repas, une peau qui réagit davantage au soleil qu’à l’accoutumée, un sommeil qui ne récupère pas vraiment malgré les heures allongées avec parfois des réveils nocturnes vers 3-4 heures du matin. Ce ne sont pas des coups de chaleur. Ce sont des messages du terrain hépatique qui demande du soutien.

Le microbiote déstabilisé par le changement de rythme

La recherche de ces dernières années a confirmé ce que la naturopathie observe depuis longtemps : l’intestin est le premier organe de l’immunité. Soixante-dix pour cent de nos cellules immunitaires résident dans la muqueuse intestinale et dépendent directement de l’équilibre du microbiote pour fonctionner. Or l’été déstabilise cet équilibre de façon prévisible et systématique.

Les repas changent de composition, d’horaire et de cadence. On mange plus de crudités et de fruits, ce qui est une bonne chose, mais aussi plus de glaces, de boissons sucrées, de charcuteries en pique-nique. On prend des antibiotiques pour une infection de voyage ou une otite. On chlore l’eau que l’on boit différemment selon les pays traversés. Chacun de ces changements modifie la diversité bactérienne intestinale. Un microbiote appauvri produit moins d’acides gras à chaîne courte, moins de sérotonine, moins de signaux immunorégulateurs. La fatigue qui s’ensuit a son lit dans les intestins.

Dans ma pratique, une cure de probiotiques ciblée et une attention particulière à la qualité des fibres fermentescibles avant et pendant les vacances changent radicalement la façon dont le corps traverse l’été.

Ce que je recommande

Trois gestes se dégagent chez ceux qui reviennent de vacances en forme plutôt qu’à plat. Soutenez votre foie pendant dix jours avant le départ avec une plante biliaire simple : artichaut, chardon-marie ou romarin en infusion, avant les repas du soir. Ce n’est pas spectaculaire. Mais c’est souvent suffisant pour que la fatigue d’après-repas recule dans la semaine.

Ajoutez chaque matin, à jeun, un verre d’eau tiède avec le jus d’un demi-citron. Cette habitude simple active la sécrétion biliaire et prépare le terrain digestif pour la journée.

Réintroduisez un probiotique multi-souches pendant tout le mois de juillet si vous en avez arrêté un en cours d’année, ou si vous avez pris des antibiotiques dans les six derniers mois. Le terrain intestinal se reconstruit lentement. Alors, mieux vaut commencer avant les signes d’effondrement.

Les fibres fermentescibles méritent une attention particulière. On les trouve dans l’ail, l’oignon, le poireau, l’artichaut, la banane légèrement verte, les légumineuses et les céréales complètes. Ce sont elles qui nourrissent les bactéries bénéfiques du microbiote et maintiennent sa diversité pendant les changements alimentaires de l’été. Un microbiote bien nourri en fibres fermentescibles résiste mieux aux perturbations saisonnières qu’un microbiote supplémenté en probiotiques sans substrat pour les nourrir. Les deux vont ensemble.

La fatigue estivale n’est pas une fatalité

Ce que j’ai appris en trente ans de pratique naturopathique, c’est que le corps ne se trompe jamais de signal. Quand il fatigue en été, c’est qu’il est en train d’utiliser ses réserves pour compenser un terrain qui n’a pas eu le temps de se consolider. La bonne nouvelle est que ce terrain se travaille, que l’immunité se reconquiert, et que l’été peut redevenir une saison de régénération réelle plutôt qu’une course d’obstacles physiologique.

Si vous souhaitez comprendre en profondeur comment fonctionne votre terrain immunitaire et ce que vous pouvez faire concrètement pour le renforcer saison après saison, j’ai rassemblé trente ans d’observations dans Reconquérir son immunité, disponible sur Amazon. Ce livre n’est pas un manuel de plus sur les vitamines. C’est une lecture du corps dans sa globalité, le terrain, les émotions, les saisons, les organes-clés, pour que vous compreniez enfin pourquoi vous réagissez comme vous réagissez, et comment changer la donne durablement.

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