
Dans ma pratique, je reçois régulièrement des personnes qui arrivent avec une liste de plantes, de compléments, de protocoles glanés sur internet, l’IA ou dans des ouvrages spécialisés. Elles ont fait des recherches sérieuses, elles ont pris le temps de comprendre. Et pourtant, malgré tout ceci, les symptômes réapparaissent. Parfois ils se déplacent. La question qu’elles me posent généralement est toujours la même. Pourquoi ça ne marche pas ? Pourquoi ça revient régulièrement ?
La réponse tient en une phrase, et elle bouscule souvent ce qu’on croit savoir sur la santé naturelle. La naturopathie, ce n’est pas soigner principalement avec des plantes médicinales. La plante seule n’est pas la solution. Et ce n’est pas une gomme. Il faut comprendre la source et ne pas simplement faire disparaître le symptôme car, oui, on risque d’avoir le même comportement qu’avec un médicament de synthèse quand on se soigne avec une plante médicinale. Soigner naturellement ne signifie pas remplacer un médicament par une plante.
Plantes médicinales ou naturopathie, deux façons de lire un symptôme
Un exemple : quand une angine se déclare, deux lectures sont possibles. La première est symptomatique. Il y a une inflammation de la gorge, une infection bactérienne ou virale. Il faut alors réduire cette inflammation et soutenir le système immunitaire. On va vers le thym, la propolis, l’échinacée, la vitamine C. C’est une réponse légitime, utile, souvent efficace à court terme. C’est aussi exactement ce que fait la médecine allopathique avec d’autres outils. L’antibiotique remplace la propolis, l’anti-inflammatoire remplace le thym, mais la logique reste identique. Supprimer le signal. Faire taire le message du corps, la manifestation mais pas qui sont les manifestants.
La deuxième lecture est naturopathique. Elle pose une question différente, plus inconfortable : pourquoi cette personne, à ce moment précis de sa vie, avec ce terrain particulier, a-t-elle développé cette angine ? Que dit ce symptôme sur l’état de son immunité, sur sa charge émotionnelle, sur ses habitudes alimentaires des dernières semaines, sur la saison et ce qu’elle lui demande physiologiquement ? La plante intervient dans cette deuxième lecture aussi, mais elle est choisie pour ce terrain-là, pas pour ce symptôme-là. Ce sont deux philosophies du soin. Pas deux niveaux de la même philosophie, deux philosophies distinctes, avec des présupposés, des objectifs et des limites différents.
Ce que le corps dit vraiment
La médecine symptomatique, qu’elle soit conventionnelle ou naturelle, part d’un postulat implicite. Le symptôme est le problème. On le réduit, on le supprime, on le contrôle. Quand il disparaît, on considère que le problème est résolu.
La naturopathie part d’un postulat inverse. Le symptôme est une réponse. Une réponse intelligente d’un organisme qui cherche à maintenir son équilibre face à une perturbation qu’il ne parvient plus à compenser seul. Supprimer la réponse sans comprendre la perturbation, c’est couper le fil du téléphone parce qu’on ne veut pas entendre la nouvelle.
En trente ans de consultation, j’ai observé que les personnes qui tombent régulièrement malades ne souffrent pas d’un manque de plantes médicinales. Elles souffrent d’un terrain qui n’a pas été lu, compris et soutenu dans sa globalité. Ce terrain se construit sur des années, par l’alimentation, le sommeil, la gestion des émotions, les héritages familiaux, les surcharges organiques accumulées, les chocs qui ont laissé une empreinte dans le corps sans jamais avoir été intégrés. Lire ce terrain, c’est le travail du naturopathe. Pas prescrire une plante.
La confusion légitime, pourquoi est-elle utile ?
Je comprends la confusion. Elle est même, d’une certaine façon, nécessaire. Il existe des stades dans la façon dont un être humain appréhende sa santé. Le premier est celui de la délégation totale, au médecin, à l’autorité médicale, au système. Le deuxième est celui de la prise en charge partielle. On cherche des alternatives, on s’intéresse aux plantes, on commence à lire des étiquettes et à poser des questions. Le troisième est celui de la compréhension globale, où l’on commence à se voir comme un terrain vivant, façonné par une histoire, des émotions, des saisons, des choix.
Chacun de ces stades est légitime. Chacun correspond à un moment du chemin. Un livre de recettes à base de plantes médicinales répond aux besoins du deuxième stade. La naturopathie, telle que je la pratique et l’enseigne, s’adresse principalement au troisième. Ce n’est pas une hiérarchie de valeur. C’est une question de maturité du questionnement, et cette maturité se développe à son propre rythme, qu’aucun praticien ne peut forcer.
Ce que mes livres cherchent à faire
Quand j’écris, j’écris depuis la pratique. Depuis ce que j’observe jour après jour, année après année. En ce qui concerne « Ma bible de la naturopathie » il en est de même. C’est une introduction à une façon de penser le corps, globale et dynamique, qui refuse de séparer le physique de l’émotionnel, l’organe de l’histoire de vie, le symptôme du terrain qui l’a rendu possible.
Reconquérir son immunité, paru en mai 2026 aux éditions Yarâa, va plus loin dans cette direction. Il s’adresse à ceux qui ont compris que leur immunité n’est pas une forteresse à défendre avec des compléments, mais un terrain à comprendre, à lire, à accompagner avec une cohérence qui touche à tous les aspects de leur vie.
Si vous cherchez une liste de plantes à prendre contre les infections hivernales, ce livre n’est pas cela. Si vous cherchez à comprendre pourquoi votre corps réagit comme il réagit, et quels leviers profonds permettent de changer durablement la donne. Alors vous verrez des portes s’ouvrir sur de nouvelles compréhensions qui vous aideront à plus d’autonomie et plus d’efficacité dans l’accompagnement de votre santé.
La vraie question à se poser
La prochaine fois que vous ressentez un symptôme, une fatigue, une infection, une douleur qui revient, avant de chercher la plante qui le soulage, demandez-vous ce que votre corps essaie de vous dire que vous n’avez pas perçu avec le bon langage. C’est la question fondamentale en naturopathie. Elle ne remplace pas le geste thérapeutique. Elle le précède, elle lui donne un sens, elle transforme le soin en compréhension plutôt qu’en suppression. Et c’est ce qui est au cœur de tout ce que je pratique et que j’écris.
Thierry Morfin, naturopathe à Paris depuis trente ans, formé à l’école Marchesseau. Fondateur de Yarâa éditions, auteur de Ma bible de la naturopathie (Leduc.s, 2017, 30 000 exemplaires) et de Reconquérir son immunité (Yarâa éditions, 2026). Je reçois en consultation à Paris et à distance.
Pour aller plus loin, mon nouveau livre qui vient de paraître : Reconquérir son immunité, disponible sur Amazon : https://www.amazon.fr/dp/B0H32NG4NJ ou sur le site des éditions Yarâa : https://www.yaraa.fr

Reconquérir son immunité, Thierry Morfin, Yarâa éditions, Mai 2026, 216 pages — ISBN 979-10-985134-0-4
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