L’immunité ne se renforce pas, elle se restaure

Dans ma pratique, je vois arriver régulièrement des personnes épuisées d’avoir tout essayé. Les cures de vitamine C, les gouttes à la propolis, les champignons médicinaux en gélules, les probiotiques changés tous les trois mois. Tous ceci sur les conseils des publicités, des influenceurs, de Tik Tok et aujourd’hui ceux de Chat GPT. Des mis en avant souvent par effet de mode et sorties du contexte de vie de la personne. Les messages : « Renforcer », « stimuler », « booster ». Et pourtant, elles retombent malades au premier coup de froid. Les propriétés d’une plante ou d’un complément alimentaire ne sont pas la solution ultime. C’est le terrain personnel de la personne qu’il faut d’abord prendre en compte. Et qui connait son terrain ou sait ce que c’est que le terrain ?
Pour revenir à l’immunité, ce n’est pas un muscle qu’on gonfle. C’est un équilibre qu’on restaure. Tant qu’on n’a pas compris cette nuance, on dépense de l’énergie et de l’argent à pousser un système qui n’a pas besoin d’être poussé mais il faut plutôt apprendre à entendre ses réels besoins.

Pourquoi « renforcer » son immunité ne veut rien dire

L’image du bouclier qu’on veut rendre indestructible comme celui du « Captaine America » des héros Marvel est rassurante, et c’est exactement pour cela qu’elle se vend si bien. Le marché du complément alimentaire repose sur cette promesse : « — Ajoutez quelque chose, et vous serez protégé ! » Or le système immunitaire ne fonctionne pas par addition. Il fonctionne par régulation.
Une réponse immunitaire trop faible laisse passer une partie des agressions. Une réponse trop forte, trop sollicitée sans arrêt, se retourne contre le corps, et c’est là tout le terrain des inflammations chroniques et des maladies auto-immunes. Ce que cherche un organisme sain, ce n’est pas la puissance maximale. C’est la justesse. Un système immunitaire performant est avant tout un système qui sait agir ou non quand il faut avec discernement.
Vouloir le renforcer sans comprendre cet équilibre, c’est appuyer sur l’accélérateur d’une voiture dont on ignore si les freins fonctionnent.

Le terrain, cette notion que la naturopathie n’a jamais oubliée


Au dix-neuvième siècle, deux hommes se sont opposés sur une idée qui nous concerne encore aujourd’hui. Pour l’un, la maladie venait du microbe. Pour l’autre, elle venait du terrain qui laissait le microbe prospérer. L’histoire a retenu surtout le premier, parce que sa vision permettait des solutions simples et reproductibles. Mais le terrain n’a jamais cessé d’avoir raison dans l’ombre.
Le terrain, c’est l’ensemble de ce qui fait qu’un même virus affaiblit une personne et glisse sur une autre. La qualité du sommeil. L’état du microbiote intestinal, où se joue une part immense de la régulation immunitaire. La charge de stress accumulée, qui épuise la réponse adaptative à bas bruit. L’alimentation, les rythmes, la lumière reçue, la respiration. Rien d’ésotérique là-dedans. La biologie moderne confirme aujourd’hui ce que les médecines anciennes pressentaient. On ne tombe pas malade par hasard, on tombe malade sur un terrain propice.
Dans ma pratique, je le constate tout au long de l’année. La différence n’est presque jamais dans le microbe. Elle est dans le sol où il atterrit.

Ce que vos émotions font à vos défenses


On parle volontiers du sommeil, de l’intestin, de l’alimentation. On oublie presque toujours le facteur que je vois pourtant peser le plus lourd en consultation : l’état émotionnel. Le fond sur lequel une personne vit depuis des années marque son terrain bien plus profondément que l’humeur d’un jour.
La peur en est le premier visage. Une frayeur passe, fait son travail d’alerte, puis s’efface. Tout change lorsqu’elle s’installe et veille en silence, lorsqu’elle contracte le ventre au réveil et entache sombrement chaque décision. Cette peur durable puise dans une réserve profonde, la même source d’où le corps tire de quoi fabriquer ses défenses au plus intime de lui. À force d’alerte permanente, cette réserve s’épuise, et tout le terrain immunitaire se trouve appauvri à la racine. J’ai vu des immunités redémarrer le jour où une peur de type fatalité a été reconnu et vaincu par de l’optimisme et l’expression ravivée de sa propre créativité.
Le souci en est le second visage. L’inquiétude qui tourne en boucle ronge une autre fonction. Celle qui nous relie à notre élan profond et à ce que nous sommes venus faire. Une personne coupée de cet élan se défend moins bien, et cela n’a rien d’une image.
Penser positif ne suffit pas à écarter la maladie, et je me méfie de cette facilité. Les souffrances du corps prennent souvent racine dans les souffrances de l’âme, sans que l’inverse mécanique existe jamais. Ce que je dis est plus simple et plus exigeant. On ne peut pas restaurer un terrain immunitaire en ignorant la vie émotionnelle de celui qui l’habite. Tant qu’on traite le corps comme une machine séparée de celui qui ressent, on soigne une moitié d’homme.

Restaurer plutôt que stimuler : ce que cela change concrètement


Restaurer un terrain immunitaire, ce n’est pas un protocole de plus à empiler sur les précédents. C’est souvent commencer par enlever, comme le disait Épicure, plutôt que d’ajouter. Alléger ce qui surcharge le système avant de chercher à le soutenir.
Cela demande de regarder le sommeil en premier, parce qu’une nuit fragmentée désorganise la réponse immunitaire plus sûrement qu’aucune carence. Cela demande de soigner l’intestin, où réside une grande part de l’immunité, plutôt que de bombarder l’organisme de stimulants. Cela demande enfin de traiter le stress chronique pour ce qu’il est : un facteur biologique majeur d’épuisement immunitaire, et non un simple inconfort psychologique.
C’est plus lent qu’une cure. C’est aussi infiniment plus durable.

Ce que je recommande en premier

Quand quelqu’un me demande par où commencer, je ne réponds jamais en conseillant en premier un complément. Je questionne sur le sommeil. Avant toute autre chose, observez vos nuits sur deux semaines : heure de coucher, réveils, qualité du réveil au matin. C’est gratuit, c’est révélateur, et dans la majorité des cas c’est là que se cache la première fuite d’énergie immunitaire.
La seconde recommandation tient en une question à se poser à chaque repas : est-ce que je nourris mon microbiote, ou est-ce que je le fatigue ? Les fibres végétales, les aliments fermentés, la variété font plus pour vos défenses que n’importe quel flacon. Ces deux leviers ne coûtent rien et travaillent en profondeur, là où les cures ne font que passer.
La troisième, c’est sur l’exercice physique. Ne serait-ce que 3O minutes de marche, dans un parc ou une forêt près de chez soi quand c’est possible. Cela fait circuler le sang qui s’oxygène, se débarrasse des déchets et vide le mental.

Reconquérir un équilibre, pas gagner une bataille


L’immunité n’est pas une guerre permanente contre un monde hostile. C’est une conversation continue entre votre corps et son environnement, une conversation qui peut se rétablir quand on cesse de la brusquer. Le vocabulaire de la performance et du combat, dont le marketing de la santé raffole, nous éloigne de cette vérité simple. On ne reconquiert pas son immunité en frappant plus fort. On la reconquiert en redonnant au terrain les conditions de son propre équilibre.


C’est cette lecture du terrain immunitaire, nourrie de trente ans d’observations en consultation, que j’ai rassemblé dans mon livre « Reconquérir son immunité », paru aux éditions Yarâa. Si vous souhaitez aller plus loin que les promesses toutes faites et comprendre ce qui se joue vraiment dans votre corps, vous y trouverez une approche entière, avec une approche multidimensionnelle, patiente, et résolument fidèle aux mécanismes du vivant.
Disponible sur Yarâa Éditions ou sur Amazon